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26/09/2011

Quand la prison de Clairvaux donne la parole à ses détenus

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Le compositeur Thierry Machuel et la vidéaste Marion Lachaise ont donné la parole aux détenus de la maison centrale de Clairvaux, en Champagne, dans le cadre du Festival de musique qui s’est tenu dans l’abbaye adjacente du 23 au 25 septembre ; l’un à travers un oratorio solennel et joyeux, l’autre par des confessions filmées poignantes et poétiques.

L’ombre et la lumière étaient au cœur de cette 8e édition qui se déroule dans l’enceinte de cette abbaye du XIIe siècle créée par Bernard de Clairvaux et transformée en prison sous Napoléon I. Depuis, ces murs historiques et délabrés sont emprégnés dans la rétine des détenus condamnés aux très longues peines peines, au-delà de 10 ans. Ombres noires des cachots, lumières crues des miradors, noirceur du doute et des âmes, lueur présumée dans l’espoir d’une sortie possible, un jour… Les concerts, dont celui donné par le célèbre haute-contre français Gérard Lesne, se sont succédés dans l’ancien réfectoire des moines jusqu’au magistral opéra choral de Thierry Machuel, composé à partir des textes des détenus.

L’œuvre contemporaine de Thierry Machuel intitulée « Les parloirs » interprétée par 18 chanteurs et 5 musiciens, dont le pianiste François-René Duchâble, ont porté haut et fort le destin de ces condamnés. « J’attends aujourd’hui encore et demain j’attendrai ». Le concert, filmé, sera projeté prochainement aux détenus qui, de leurs cellules voisines, ont déjà pu entendre quelques notes et surtout l’ovation du public en fin de représentation. « C’est une immense fierté pour eux » reconnaît Thierry Machuel qui les a accompagnés durant un an dans l’écriture des textes lors d’ateliers dédiés.

marion-lachaise.jpgUn film de 16 minutes a également été projeté dans l’Hostellerie des dames : Marion Lachaise y a livré ses entretiens filmés avec 7 des 146 hommes incarcérés. Volontaires, ils ont répondu présents à la proposition de l’artiste de parler de leur rapport à la lumière, à l’espace, à l’intimité. « Les portraits des détenus sont des portraits en mouvement", explique t-elle. Pas de détail vestimentaire, pas de ressemblance véritable, elle les définit comme des « anti-portraits », des portraits intérieurs. Sur les visages des détenus, Marion Lachaise a superposé de petits objets, des statuettes confectionnées par les prisonniers lors d'un atelier de modelage. L’artiste leur a demandé de « réaliser quelque chose qui leur est cher ». Puis elle a cherché la meilleure adéquation entre l'objet choisi et la figure. Juxtaposition d’un homme et de la chose qui le représente le mieux. Extraits.

Gros plan sur l’œil du détenu, interrogateur...
« C'est incompréhensible de garder les gens enfermés autant d'années. »
« La nuit, c'est le néant. »

Mains du détenu, larges, solides...
« Les grues sont parties. J'avais fait une petite cage pour elles... »
« Avec le temps, on garde les choses pour soi. »

Barreaux plein écran, en noir et blanc...
« J'ai aménagé ma cellule comme un studio. J'ai camouflé mes barreaux... »

Bouche animée, lèvres généreuses.
« Je vais sur ma 19e année et depuis 1992, je n'ai plus vu le jour. J'ai été condamné à la réclusion criminelle à perpétuité. »

Flan droit du visage, trouble...
« Parfois on entend un corbeau, un chien au loin, une porte qui s'ouvre, les cris dans le couloir. »
« Je sens les gens qui me sont proches, par les rêves. »
« On a 50 cm pour marcher sur la longueur. »

Œilleton, en volume... 
« On est hors du temps. Durer, c'est se préserver. »
« 2021, il me reste 10 ans. »

17/09/2011

Mariel Clayton : Barbie m’a tuer

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Ames sensibles s’abstenir ! Barbie Tueuse Sanguinaire vient de commettre un nouveau forfait ! Elle vient de décapiter et de dépecer Ken, dont les restes trainent sur le carrelage de la cuisine… Souriante, heureuse, elle admire son travail, un verre de Schweppes bien mérité dans une main, une épée dans l’autre, bien plantée dans l’abdomen du monsieur. Au mur, entre les poêles et la liste de course fichée sur le frigidaire, deux fusils mitrailleurs sont accrochés au mur. Est-ce parce que Ken a refusé de faire la vaisselle que Barbie s’est mise dans une rage meurtrière et fait bouillir sa tête dans la marmite ? Toujours est-il que la photographe canadienne Mariel Clayton – dont j’ai découvert les œuvres dans Beaux Arts de ce mois-ci - a décidé de passer à l’action et de dégainer devant toute tentative de stéréotype sexiste. Ras le bol des femmes au foyer et autres blondasses censées se manucurer les ongles pour leur bel étalon !

La jeune-femme a eu le déclic gore au Japon, en regardant toutes les figurines kitch destinées aux petites filles. Sus à Mattel et autres fabricants de stéréotypes, il va y avoir du sang sur les murs ! Barbie bouchère, Barbie aux toilettes, Barbie insomniaque… Mariel Clayton joue des éclairages et des contrastes pour nous dépeindre un monde aux codes inversés. Un travail aussi réjouissant que celui de la photographe allemande Anne-Catherine Becker-Echivard avec ses mises en scène ironiques de poissons. Ici la révolte sociale a passé un cap. Il était temps que Barbie se rebiffe !

> Voir le site de Mariel Clayton

www.thephotographymarielclayton.com

> Voir plus de photos sur Flickr

http://www.flickr.com/photos/marielclayton

11/09/2011

Xavier Veilhan : "Orchestra" maestro !

xavier veilhanVoici une illustration magistrale du mouvement perpétuel faite exposition… Turbine géante, constellations en hommage à Calder, rayons dynamiques inspirés de Soto, et quelques figures humaines en polystyrène, sa marque de fabrique... Xavier Veilhan, 48 ans, présente à la galerie Emmanuel Perrotin non pas une rétrospective, mais un ensemble d’une trentaine d’œuvres nouvelles, pour la plupart inédites.
xavier veilhanMais les pièces semblent à l'étroit dans chacune des salles. Bien que s’intitulant « Orchestra », on peine à imaginer l’ensemble de manière uniforme et articulée, sur les deux niveaux du magnifique hôtel particulier du marais. Après Versailles en 2009, le système planétaire de Xavier Veilhan apparaît ici manquer d'espace. A quand une exposition personnelle à la Tate Modern de Londres ? Jjusqu’au 12 novembre.

07/09/2011

Surpris(e) par la nuit, avec Bram Van Velde

Bram-Van-Velde.jpg"Je peins l'impossibilité de peindre"... France Culture a rediffusé à 4h du matin une émission consacrée à Bram Van Velde. Bonheur d'une insomnie et "son frappement régulier ponctuel comme un pic-vert dans l'écorce d'une nuit", pour reprendre le poète Jacques Dupin.

Je vous invite à télécharger le podcast de "Surpris par la nuit" du 7 juillet 2011. Portrait radiophonique de Bram Van Velde, "peintre de l'empêchement" comme le qualifiait son ami de Samuel Beckett. Difficulté de dire, de peindre.

Jean Frémon évoque le dévoilement permanent et cite le philosophe Wittgenstein "le génie, c'est le courage dans le talent". Pour Charles Juliet, Bram Van Velde avait un sens aigu du vrai, rappelant les propres mots de l'artiste "l'art n'a que très rarement servi le vrai".


Charles Juliet au musée des Beaux-Arts de Lyon par MuseeBeauxArtsLyon

06/09/2011

Télémaque : Eloge de la main gauche du peintre

invitation-herve-telemaque.jpg« Je reprends possession de ma main gauche », a déclaré le peintre Hervé Télémaque au critique d’art Jacques Gourgue dans un entretien livré en juillet dernier dans le cadre de l’exposition « La Canopée », galerie Louis Carré & Cie, à Paris, à voir jusqu’au 8 octobre. « Le lendemain de mon hémiplégie, j’ai commencé à dessiner. On m’a donné une balle. Avec l’autre main, j’ai commencé à dessiner la main malade. Honnêtement, ça ne devrait pas être là. » Main droite en sommeil, main gauche en action. Cinq rameaux osseux, avec leur système de nerfs et de ligaments, cheminent sous la peau. A observer, c’est un paysage singulier, avec ses monts et une grande dépression centrale, tantôt craquelé d’incidents, tantôt aux lignes pures et fines comme une écriture. Son revers est un réceptacle. La main unique de Télémaque, prend, crée, impose une forme, un contour, et parfois, on dirait qu’elle pense.

singe-canopee-HT.jpgSans la main, point de géométrie, car il faut des rectangles et des ronds pour spéculer sur les propriétés du paysage cubiste. A travers ses « canopées », Hervé Télémaque rend hommage à Braque et Picasso. Son espace pictural est ouvert, plus lâche, moins précis. Cette précision relative exprime un lâcher-prise nécessaire. L’apparence ne l’intéresse pas. L’artiste n’a plus rien à prouver. Pourquoi la canopée ? D’où vient l’inspiration de la cime des arbres ? « Strates d’animaux divers, végétations différentes, luminosité variée. Là-haut, c’est une sorte de bouchon… », explique l’artiste. Il faut se rendre à La Blottière, son atelier de Normandie pour comprendre. Du jaune – celui des champs de colza – du vert, omniprésent. Dans ses « canopées » : des escaliers de couleurs, élévation du sol, montée vers l'azur ; du sombre et du clair dans une dialectique permanente… et toujours, la main de l’artiste qui caresse l’écorce de toute chose.

brown-paper-bag-HT.jpgAmbidextre, mais gaucher contrarié, Télémaque a relevé le handicap « haut la main » ! Dans ses dessins et ses toiles, place au hasard, d’un doigt impatient pour voir. L’artiste fait de l’adresse avec ses maladresses. « The brown paper bag » écrit à l’encre noire, et c’est l’irruption poétique de l’inattendu dans un univers où l’accident doit avoir sa place, où tout paraît bouger pour accueillir l’incertain. Il s’agit de capturer la vie au vol et d’en extraire toute la puissance cachée. La générosité de Télémaque est là, dans sa graphie, dans sa main nue, que rien désormais n’entrave ou ne retarde, même quand elle procède avec lenteur.

Photos Adam Rzepka : "Singe et canopée" (2007), et "The brown paper bag" (2011, 1er état) d'Hervé Télémaque

 
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